Je vous explique ma démarche Zéro Waste Fashion

Le Zero Waste Fashion Design

  1. La Fast-Fashion, c’est quoi ? 

Pour ma part, je vois la Fast-Fashion comme un système de production mis en place par les industries de la mode qui permet de fabriquer plus vite et plus régulièrement des produits de basse qualité afin de répondre à des besoins non-essentiels. Les marques proposent de nouvelles collections tous les mois, voire toutes les semaines. Les clients se retrouvent de plus en plus souvent tentés par ces nouveaux produits. Ce système entraîne une sur-consommation des foyers qui jettent autant qu’ils achètent.  La mode est devenue jetable et entraîne des dégâts irréversibles sur l’environnement et sur les travailleurs de ce milieu. 

 

 

Des conséquences sociales

En effet, pour produire des collections à ce rythme, il faut être certain qu’elles vont se vendre. Pour ce faire, les marques n’hésitent pas à délocaliser leurs ateliers de fabrication à l’étranger pour une main d’œuvre moins chère. Dans ces entrepôts, les lois du travail ne sont pas respectées, le salaire est indécent, les conditions de travail dangereuses.

On a pu le constater avec l’effondrement du Rana Plaza en 2013. Ce bâtiment abritait 6 usines de confection de vêtements sur 8 étages. Plusieurs semaines auparavant, les employés avaient souligné que le bâtiment n’était plus du tout sécuritaire et qu’il était dangereux d’y travailler. Des fissures, de la moisissure… Mais le responsable des entreprises n’a rien voulu entendre et les a menacé de licenciement s’ils ne se remettaient pas au travail. Conséquences du désastre : 1138 morts et plus de 2000 blessés. L’impact social qu’ont ces entreprises dans ces pays est trop important pour ne rien dire. 

 

Sur un t-shirt vendu à 29€, les travailleurs·euses au Bangladesh ne gagnent que 18 centimes.” – The True Cost

 

Des conséquences environnementales

De plus, le coût environnemental est catastrophique. Le cycle de production d’un vêtement est polluant à toutes ces étapes, sans exception. 

La fabrication du coton : cette première étape est tout d’abord considérée comme polluante à cause de la quantité de pesticides et produits dérivés qui peuvent être utilisés pour son agriculture. Ces produits chimiques s’infiltrent ensuite dans notre chère terre et détruisent ces nutriments. De plus, cette première étape nécessite une forte quantité d’eau. Selon l’ADEME, pour produire 1 kg de coton il faut entre 5000 et 17000 litres d’eau ! Des zones géographiques entières se sont entièrement asséché rien que pour la culture du coton. 

La fabrication du vêtement : ce processus est sûrement l’un des plus néfaste pour la planète. En effet, les usines de ne sont pas sensibles aux déchets qu’elles peuvent produire ! Le textile, le fil, le papier, rien n’est optimisé. Le but n’est pas la qualité mais la quantité. Viennent aussi s’ajouter les déchets chimiques dû au délavage ou à la teinture des vêtements qui sont rejetés directement dans les mers et océans. Cela entraîne l’extinction des espèces et des écosystèmes. 

Le transport : L’industrie de la mode est responsable de 10% des émissions de carbone. Bien souvent, les étapes de fabrication ne se font pas au même endroit. Le vêtement peut parcourir jusqu’à 1,5 fois le tour de la terre avant d’arriver au client final. 

L’entretien du vêtement : lorsque vous lavez votre vêtement à la machine à laver, des microparticules de plastiques ou de produits chimiques partent dans les eaux usées et se retrouvent, encore une fois, dans nos mers et océans. 

La fin de vie du vêtement : La mode est devenue de plus en plus jetable. Les gens se débarrassent de leurs vêtements pour être toujours plus dans la tendance. Cette frénésie entraîne des déchets incommensurables.  

 

“700 000 tonnes de textile sont jetées chaque année en France.” – Nations Unies 

 

Ne voulant pas participer à ce désastre, j’ai donc décidé de trouver une solution pour faire de mon monde personnel et professionnel un environnement responsable

 

Ma solution : Zéro Waste Fashion

Une démarche

Lorsque j’ai compris les conséquences que l’industrie de la mode pouvait avoir sur la planète, j’ai décidé de changer radicalement ma façon de penser et de faire. D’abord dans ma vie personnelle où j’ai adopté un style de vie Zéro Déchet et ensuite dans ma vie professionnelle. Les habitudes sont finalement venues naturellement à moi. J’ai tout d’abord réfléchi à ma consommation d’énergie au sein de ma boutique. J’ai réduit au maximum ma consommation de chauffage et de lumière. Je me suis ensuite fixé l’objectif d’une collection tous les deux ans afin de ne pas inciter les gens à consommer.  

Mais ce n’était pas encore assez. Il fallait que je réfléchisse à rendre mon cycle de production responsable et anti-déchet. Après quelques recherches, je suis tombé sur une association qui prônait le Zero Waste Fashion. Ce concept est devenu un vrai pilier et une vraie force dans mon travail. 

Le Zero Waste Fashion est avant tout une démarche bien particulière. Cela consiste à réfléchir sur ces besoins avant tout achat et sortir de cette surconsommation excessive. C’est plus une façon de penser que de faire. 

Lors de la création d’un vêtement, environ 15% du tissu est jeté avant même d’avoir été conçu. Cela signifie que 15% de l’énergie produite pour la culture, la récolte, le tissage, le transport, part uniquement dans la pollution. Cette statistique est malheureusement vue à la baisse car on estime que dans l’industrie le pourcentage de chutes est de 20 à 25% et 40% dans le luxe. Sur ces 25% de tissu perdu :

57% enfoui

25% incinéré

10% recyclé

8% réutilisé

Cette quantité de déchets n’était pas en adéquation avec mes valeurs. Deux options s’offraient à moi : la création de patrons Zéro déchets et l’upcycling. 

 

Zero Waste Design

La création Zéro déchet est une technique de conception des patrons qui n’engendre pas de déchets. Cette méthode est très ancienne, elle est déjà utilisée dans l’antiquité Grecque et Égyptienne. Ils créaient des patrons minimalistes et rectangulaires qui ne produisaient quasiment pas de chutes.

Techniquement, il s’agit d’ajuster toutes les pièces plates du patron comme “un puzzle” afin de ne pas produire de chutes. Le but étant de couper le vêtement dans un seul grand morceau de tissu afin de pouvoir couper d’autres éléments par la suite. 

Pour un vêtement qui est conçu de façon conventionnelle, chaque étape de conception du vêtement est pensée de façon isolée. Le styliste dessine le vêtement et le donne ensuite au modéliste qui va conceptualiser la pièce pour en faire un patron. Beaucoup d’industriels se sont penchés sur la question des déchets mais la phase d’optimisation intervient trop tard dans leurs processus. En effet, les pièces de patronage n’ont pas été pensées pour s’imbriquer les unes dans les autres.

Lors de la conception Zero Waste Fashion, toutes les étapes sont pensées en même temps, jusqu’à la moindre finition. C’est un vrai travail d’équipe ! On va dessiner une idée générale du vêtement que l’on veut pour ensuite en faire un patron Zéro Déchet. On optimise ensuite toutes les pièces pour qu’elles puissent s’imbriquer parfaitement sur notre bande de tissu. Bien sûr, cela peut modifier le design général du vêtement, mais cela ne fait qu’intensifier la créativité ! 

Il y a quand même quelques petites techniques qui peuvent être utiles pour aider dans la conception. Tout d’abord, la laize est une donnée primordiale dans la conception Zéro Déchet. C’est ce qui correspond à la largeur de notre tissu, elle détermine l’ensemble de votre projet. Ensuite, il faut savoir penser hiérarchiquement. Il est, en effet, conseillé de commencer par la conception des pièces les plus grandes (dos, avant, manches, jambes) pour finir par les plus petites zones (poches, col, ceinture) qui viendront combler les espaces manquants dans la bande de tissu. 

 

La conception de mes robes et de mes patrons est une véritable réflexion et un challenge au quotidien. Je suis bien sûr moins libre dans mes choix, mais cette technique me permet aussi de trouver de nouvelles coupes et formes très inspirantes ! 

 

L’upcycling

Pour aller au bout de ma démarche, il fallait aussi réduire au maximum ce bac de chute qu’on trouve dans chaque atelier de confection. Je les gardais systématiquement en me disant que ça servirait bien un jour. 

Et ce jour est arrivé. En 2015,  j’ai eu l’idée de confectionner une robe avec toutes les chutes sans exception. J’ai organisé par la suite un shooting photo sur le thème du Zéro Déchet et de l’upcycling qui a été très partagé. Fin 2018, ce shooting parait dans le Washington post et Madame Figaro. Le challenge est relevé ! 

La collection Bienveillance a été entièrement conçue de manière Zéro Déchet et upcycling. Chaque patron est réfléchi pour ne faire que très peu de chutes. Les morceaux de tissus sont continuellement réutilisés jusqu’à ce qu’ils soient trop petits. Je les envoie ensuite au recyclage. De la même manière, je ne gaspille pas mes prototypes. Je les démonte et je réutilise le tissu pour de nouveaux prototypes. Lorsque le tissu n’est plus utilisable pour la fabrication de mes robes, je m’en sert pour faire des tote bag ou des pochettes. 

 

Espoir pour un avenir zéro déchet

Cette année, la Fashion Week de Nouvelle-Zélande a demandé à ses créateurs une véritable réflexion sur une mode durable et les encourage à présenter des pièces uniques et responsables. J’ai d’ailleurs moi même été sollicité pour participer à la fashion week de Vancouver en avril prochain pour mes engagements envers l’environnement. 

Les mentalités sont en train d’évoluer et les créateurs essaient au quotidien de réinventer la mode pour offrir à leurs clients et la planète des options plus responsables. 

Les crédits

Photographe : Sophie Masiewicz

 

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