Laetitia Drouet travail créée des robes de mariée éco-responsable depuis 2015.

Etre écoresponsable

Le déclic

 

Tout a commencé un matin de février 2015.  Ce jour-là, en ouvrant Facebook, j’ai découvert un article prônant le zéro déchet, avec en illustration des photos d’animaux piégés dans des sacs plastiques.  À l’époque, le zéro déchet n’était pas encore à la mode mais j’en avais entendu parler. Cet article a été comme un déclic et le point de départ de ma nouvelle façon de consommer.

 

La guerre au plastique était déclarée. Et la règle des 5 R ma nouvelle devise (Refuser, Réduire, Recycler, Réutiliser, composter en anglais : Rot).

 

Je ne vous le cache pas les débuts ont été difficiles. Trouver les magasins vrac était compliqué car il y en avait très peu. Il a fallu fonctionner différemment, sans faire 20 km pour juste acheter des nouilles en vrac. J’ai changé mon organisation concernant les courses, et petit à petit c’est devenu une habitude. Je privilégie désormais les produits locaux. Le bio n’est pas une priorité, mais comme j’achète beaucoup en vrac ,tous mes produits de base sont bio.

L’impact sur mon travail.

 

Il était forcément inconcevable, de faire autant d’efforts à la maison sans rien mettre en place dans ma vie professionnelle. Ma démarche à l’atelier a aussi commencé en 2015. Dans un premier temps, j’ai recyclé. La réalisée une robe de mariée, uniquement avec les chutes de robe de mes clientes de l’année passée a été le premier pas.

 

Et puis, j’ai mis en place des choses, par exemple éteindre systématiquement ma machine à coudre dès que je ne l’utilise pas. Quand mon fer à repasser est tombé en panne, je l’ai remplacé par un fer plus écologique, qui s’éteint automatiquement quand il est inactif, c’est parfois énervant mais on s’habitue. J’éteins mon radiateur le weekend et le baisse le soir. Contrairement à ce que m’avait dit le vendeur, je vous assure que c’est plus économique, que de le laisser à température moyenne 24h/24. Ma facture d’électricité à parlée. Je n’allume plus les lumières de mes vitrines. La consommation énergétique est très surveillée à l’atelier. Et bien sûr, je trie tous mes déchets.

Acheter de façon réfléchie.

 

Je ne fais pas de stock de tissu, je commande juste le nécessaire pour chaque cliente. J’aimerais pouvoir acheter mes tissus en boutique proche, mais les articles ne sont pas suivis et je dois être sûre de pouvoir commander les tissus dont j’ai besoin pour mes clientes. C’est la raison, pour laquelle je travaille toujours avec les mêmes fournisseurs, ceux choisi pour leur proximité. Je regroupe les achats de matière et attends d’avoir une bonne quantité avant de commander, ainsi je réduis les transports et les emballages. J’insiste, à chaque fois auprès des fournisseurs pour qu’ils ne mettent pas trop de plastique lors des livraisons.

 

Concernant le choix de mes matières premières, j’utilise de la soie qui est une matière naturel avec un tissage mécanique, quelques tissu oeko-tex et la dentelle de calais. Je viens d’ailleurs de trouver un fabriquant qui développe une gamme de dentelle bio.

 

Les tissus GOTS (bio) qui existe pour le moment, ne me conviennent pas, car ils sont vendus en gros métrages, ce qui m’obligerait à faire des stocks.  Je pourrais en acheter en petite quantité mais, avec le risque de ne pas pouvoir en retrouver par la suite, et créer des déceptions.

 

La matière la plus appropriée que j’ai trouvé pour le moment est le tencel, son rendu est très proche de la soie. Le tencel est un tissu écologique et biodégradable. Il est fabriqué à partir de pulpe de bois issus de forêt gérer durablement. Les arbres utilisés sont très peu gourmands en eau, environ 5 fois moins que pour la culture du coton. Cerise sur le gâteau inutile de couper les arbres pour produire le tencel, le solvant naturel et non toxique utilisé dans le processus de fabrication est récupéré à 99 %.

Les robes de mariées de l'atelier sont fabriquées avec des tissus naturel et oeko-tex. tout est fait pour dans une démarche zero dechet.

Les conséquences sur ma créativité.

 

Depuis 2019, je travaille sur un procédé qui permet déconomiser plus de tissu lors de la coupe. Ce dispositif réduit considérablement mes chutes. Je dois beaucoup réfléchir lors de la conception des modèles, et je suis moins libre dans ma créativité, mais c’est tellement inspirant !

Cette façon de travailler sera d’ailleurs mise à l’honneur dans ma prochaine collection. Les morceaux de tissus qui me restent sont réutilisées, jusqu’au moment où ils deviennent trop petit et dans ce cas je les envoie au recyclage. Je fonctionne également ainsi pour mes prototypes. Ils sont démontés, puis le tissu est réutilisé afin de faire de nouveaux prototypes. Je confectionne ensuite des pochettes ou des tote bag quand les morceaux deviennent trop petits.

 

Vous l’ignorez peut-être, mais l’industrie textile est l’une des plus polluante. Il y a la surconsommation, certaines marques font presque du jetable, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. La production des matières premières, la transformation des fibres, la fabrication des vêtements,  le transport entre chaque processus, sont autant d’étapes qui polluent et engendre des déchets. Rien que pour la découpe de vêtements, il faut savoir que c’est minimum 15 % de perte de tissu par mètre carré qui sont jetés et jusqu’à 40 % pour certaines Marques.

 

Vers la robe de mariée eco-responsable.

 

Je dois vous avouer que dans mon cheminement, je me suis posée un moment la question suivante : Est-ce que c’est écoresponsable de créer une robe de mariée qui va être porté une seule fois, alors qu’on pourrait en louer une ou l’acheter d’occasion ? Finalement, je me suis dit que je pouvais faire tout mon possible pour que les robes qui sortent de l’atelier soient écoresponsable. Et essayer de sensibiliser les futures mariées. Je trouve ça dommage et injuste de priver toutes ces femmes d’une  creation de robe sur mesure,  alors qu’elles font tout leur possible pour réussir dans cette démarche.

 

Les choses changent.

 

Peu de temps après m’être lancé dans cette façon de consommer, un ami m’a demandé si c’était vraiment utile de faire autant d’efforts, alors que finalement ça avait que peu d’impact à l’échelle mondiale !  Je lui ai répondu, que si tout le monde faisait un petit effort les choses finiraient par changer. Je pense que je ne m’étais pas trompée car 5 ans plus tard, les choses ont évolué, le nombre de magasins vrac à incroyablement augmentés. Je rencontre de plus en plus de personne qui suivent ce chemin, et même dans mon entourage, je suis parvenue à convaincre certain de s’y mettre.

 

« Si vous pensez que vous êtes trop petit pour changer quoi que ce soit, essayez donc de dormir avec un moustique dans votre chambre. » Betty Reese

 

Bien sûr, je ne me prétends pas être irréprochable et chacun doit faire ce qui lui semble le mieux.  Peut-être qu’un jour, vous me croiserez avec une bouteille d’eau en plastique car j’aurais oublié ma gourde à la maison ! Un élément important aussi pour moi : en tant que maman est de ne pas priver mes enfants de petit plaisir, mais de bien leur expliquer pourquoi on n’achète plus certains produits mais (note à moi-même) une petite entorse de temps en temps ce n’est pas si grave.

“We don’t need a handful of people doing zero waste perfectly. We need millions of people doing it imperfectly.” @ Zero-Waste Chef

Nous n’avons pas besoin d’une poignée de gens qui font du zéro déchet parfaitement. Nous avons besoin de million de gens le faisant imparfaitement.

Crédit photo: Fanny Paris